L’expérience de Milgram : Jusqu’où irais-tu par obéissance ?
Temps de lecture : 15 minutes | Niveau : L1-L3 | Dernière mise à jour : Février 2026
- Le procès d’Adolf Eichmann bat son plein à Jérusalem. Le monde entier se pose la même question vertigineuse : comment des millions de personnes ordinaires ont-pu participer à l’Holocauste ?
Stanley Milgram, jeune psychologue social de l’université de Yale, décide de ne pas se contenter de théories. Il veut comprendre, mesurer, prouver.
Son hypothèse ? N’importe qui, dans certaines conditions, pourrait commettre l’irréparable simplement parce qu’on le lui ordonne.
Cette expérience de Milgram va devenir l’une des plus célèbres et controversées de l’histoire de la psychologie. Une expérience menée par [[Stanley Milgram]], dont tu peux retrouver le parcours complet sur notre fiche dédiée. Les résultats vont secouer le monde scientifique et remettre en question notre vision optimiste de la nature humaine.
Prépare-toi : ce que tu vas découvrir sur la [[soumission à l’autorité]] risque de te mettre mal à l’aise.
📌 La Fiche « Flash Révision » (L’Essentiel)
Nom officiel : Behavioral Study of Obedience (Étude comportementale de l’obéissance)
Chercheur : [[Stanley Milgram]]
Année : 1961-1962 (publiée en 1963)
Lieu : Université de Yale, New Haven, Connecticut, États-Unis
Le Concept testé : La [[soumission à l’autorité]] et les limites de l’obéissance
🎯 L’expérience en 1 PHRASE
« Des participants ordinaires acceptent d’administrer des chocs électriques potentiellement mortels à un inconnu, simplement parce qu’un scientifique en blouse blanche le leur ordonne. »
La « famille » psycho :
- Psychologie sociale (dominant)
- Psychologie expérimentale
La conclusion en une ligne : 65% des participants vont jusqu’au choc maximal de 450 volts (potentiellement mortel) lorsqu’une figure d’autorité scientifique l’exige.
Point clé éthique : Expérience extrêmement controversée pour le stress psychologique intense infligé aux participants, qui croyaient réellement faire souffrir quelqu’un.
Pourquoi cette expérience ?
Le choc du procès Eichmann
En 1961, le monde est rivé aux images du procès d’Adolf Eichmann, haut responsable nazi capturé en Argentine. Sa défense ? « Je ne faisais qu’obéir aux ordres. » Cette justification glaciale obsède Milgram, lui-même juif américain dont la famille a fui l’Europe. Comment des bureaucrates ordinaires ont-ils pu orchestrer méthodiquement l’extermination de millions de personnes ?
La psychologie de l’époque penche vers deux explifications : soit les Allemands avaient une personnalité autoritaire spécifique (théorie d’[[Theodor Adorno]]), soit les nazis étaient des monstres, des exceptions pathologiques. Milgram formule une hypothèse beaucoup plus dérangeante : l’obéissance à l’autorité est un mécanisme universel, présent chez tous les humains, indépendamment de leur culture ou personnalité.
La question de recherche
Milgram veut répondre scientifiquement à cette interrogation : jusqu’où des individus normaux iraient-ils dans l’obéissance à une autorité légitime, même si cela implique de faire souffrir autrui ? Il cherche à mesurer objectivement, avec un protocole expérimental rigoureux, ce phénomène que beaucoup préféraient attribuer à la « nature allemande » ou à la folie individuelle.
Le débat scientifique oppose alors les théories dispositionnelles (la personnalité détermine le comportement) aux théories situationnelles (le contexte social influence davantage que la personnalité). Milgram va apporter des arguments massifs en faveur de cette dernière perspective, rejoignant ainsi les travaux de [[Philip Zimbardo]] sur l’effet de la situation.
Le Protocole : Comment ça s’est passé ?
Les participants : Monsieur Tout-le-monde
Milgram recrute 40 hommes (dans la première série) âgés de 20 à 50 ans, issus de milieux socio-professionnels variés : ouvriers, employés, vendeurs, ingénieurs, enseignants. Ils répondent à une annonce dans un journal local proposant 4,50 dollars pour participer à « une étude sur la mémoire et l’apprentissage » à l’université de Yale. Important : ce sont des gens ordinaires, la variable indépendante n’est pas leur personnalité mais la situation dans laquelle on va les placer.
Le dispositif : Un théâtre de la cruauté
Imagine la scène : tu arrives dans un laboratoire prestigieux de Yale. Un scientifique en blouse grise, austère, te reçoit avec un autre participant (en réalité un complice, un acteur de 47 ans, comptable nommé Mr. Wallace). L’expérimentateur explique que l’étude porte sur « l’effet de la punition sur l’apprentissage ».
On tire au sort (truqué) : l’autre devient « l’élève », toi le « professeur ». Tu assistes à l’installation de l’élève dans une pièce adjacente, sanglé sur une chaise électrique. Il mentionne d’ailleurs qu’il a « un petit problème cardiaque » – détail glaçant qui reviendra hanter les participants.
Devant toi : un générateur de chocs électriques impressionnant, avec 30 interrupteurs allant de 15 à 450 volts. Chaque niveau porte une étiquette : « Choc léger », « Choc modéré », « Choc fort », « Choc très fort », « Choc intense », « Danger : choc sévère », et pour les deux derniers niveaux, simplement « XXX » – inquiétant, non ?
Pour que tu comprennes bien ce que tu vas infliger, on te fait tester un choc de 45 volts sur toi-même. Aïe. C’est désagréable. Et tu vas devoir monter jusqu’à 450 ?
La tâche : Apprendre par la douleur
Ta mission : lire des paires de mots à l’élève (bleu-ciel, gentil-jour, etc.). Puis tu lui redonnes le premier mot avec quatre options, et il doit retrouver le bon appariement en actionnant un bouton. À chaque erreur, tu dois administrer un choc électrique, et augmenter l’intensité de 15 volts à chaque nouvelle erreur.
Bien sûr, tout est faux : il n’y a aucun choc réel, l’élève est un acteur qui simule des réactions préenregistrées. Mais toi, participant, tu ne le sais pas. Pour toi, c’est absolument réel.
L’escalade : Les cris et les supplications
Voici ce qui se passe au fur et à mesure que tu montes en voltage (réactions standardisées) :
- 75V : L’élève grogne
- 120V : Il se plaint que c’est douloureux
- 150V : « Expérimentateur, sortez-moi de là ! Je ne veux plus participer ! Je refuse de continuer ! »
- 180V : « Je ne peux plus supporter la douleur ! »
- 270V : Cris d’agonie
- 300V : « Je ne répondrai plus ! » (refus de continuer)
- 315V : Hurlement violent, puis : « Je vous ai dit que j’ai des problèmes cardiaques ! »
- 330V et au-delà : Silence total (l’élève semble évanoui ou pire…)
Les « prods » : Les ordres de l’autorité
Imagine : tu commences à hésiter dès 150V. L’élève crie qu’il veut sortir. Tu te tournes vers l’expérimentateur : « Je ne peux pas continuer, il souffre… »
L’expérimentateur te répond calmement, avec quatre phrases standardisées, dans cet ordre :
- « Veuillez continuer, s’il vous plaît » (ou « Continuez, s’il vous plaît »)
- « L’expérience exige que vous continuiez »
- « Il est absolument essentiel que vous continuiez »
- « Vous n’avez pas le choix, vous devez continuer »
Si tu refuses après la quatrième phrase, l’expérience s’arrête. Mais combien résistent ?
Si tu demandes « Qui est responsable s’il arrive quelque chose ? », l’expérimentateur répond : « Je suis responsable. Continuez. »
C’est cette délégation de responsabilité qui est cruciale dans le mécanisme d’obéissance.
Les Résultats : Le Choc (de 450 Volts)
Les prédictions initiales : Tout le monde se trompait
Avant l’expérience, Milgram interroge 40 psychiatres pour obtenir leurs prédictions. Leur réponse ? Moins de 1% des participants iraient jusqu’au bout. Seuls quelques sadiques pathologiques appuieraient sur le bouton 450V.
Les étudiants en psychologie interrogés pensent la même chose : « Moi jamais je ne ferais ça. »
La réalité glaçante : 65% vont jusqu’au bout
Résultat central : Dans la condition de base (expérimentateur présent, proximité moyenne avec la victime), 65% des participants (26 sur 40) vont jusqu’au choc maximal de 450 volts, malgré les cris, les supplications et le silence final de la victime.
100% des participants dépassent 300 volts (le moment où la victime refuse de répondre et hurle qu’elle a des problèmes cardiaques).
Le comportement des participants : Des signes de stress intense
Mais attention : ce n’est PAS de la cruauté froide. Les participants montrent des signes de conflit psychologique majeur :
- Tremblements
- Sueurs
- Rires nerveux incontrôlables
- Morsures des lèvres
- Ongles enfoncés dans les paumes
- Certains ont des crises de nerfs, se tordent les mains
- Plusieurs supplient l’expérimentateur d’arrêter
- Beaucoup se retournent pour chercher l’approbation
Un observateur note : « J’ai vu un homme d’affaires mature et confiant entrer dans le laboratoire souriant et assuré. En 20 minutes, il était réduit à une épave tremblante et balbutiante, approchant rapidement d’un effondrement nerveux. »
Point crucial : Ils obéissent tout en souffrant, tout en protestant verbalement. Ce n’est pas du sadisme, c’est de l’obéissance destructrice.
Les Variations : Qu’est-ce qui fait varier l’obéissance ?
Milgram ne s’arrête pas là. Il réalise 18 variations de l’expérience pour identifier les facteurs qui augmentent ou diminuent l’obéissance. C’est ce qui fait la richesse scientifique de ce travail.
1. La proximité de la victime
Variation 1 – Feedback distant (pas de protestation audible) : 100% jusqu’au bout Quand on n’entend rien, pas de problème moral.
Variation 2 – Feedback vocal (condition de base) : 65% Les cris posent problème, mais 2/3 continuent.
Variation 3 – Proximité (victime dans la même pièce) : 40% Voir la souffrance réduit l’obéissance.
Variation 4 – Contact tactile (le professeur doit forcer la main de la victime sur une plaque) : 30% Le contact physique direct rend la déshumanisation impossible.
📊 Conclusion : Plus la victime est proche physiquement et émotionnellement, moins on obéit. La distance facilite la cruauté.
2. La proximité et la légitimité de l’autorité
Variation 7 – Expérimentateur absent (ordres par téléphone) : 21% Et beaucoup trichent en donnant des chocs moins forts que prescrit !
Variation 10 – Bureau miteux (pas à Yale, mais dans un immeuble commercial de Bridgeport) : 48% La légitimité institutionnelle compte, mais moins qu’on ne croit.
Variation 13 – Personne ordinaire donne les ordres (pas le scientifique mais un autre « participant ») : 20% L’autorité scientifique est cruciale.
📊 Conclusion : L’autorité doit être présente, légitime et scientifiquement crédible.
3. La responsabilité partagée
Variation 17 – Deux co-professeurs rebelles (complices qui refusent de continuer) : 10% La présence de modèles de désobéissance libère la résistance.
Variation 18 – Le participant choisit le niveau de choc : 2,5% vont au maximum Quand on est libre, presque personne n’est cruel.
📊 Conclusion : Le groupe peut encourager la résistance. L’autonomie change tout.
Pourquoi on obéit ? Les Explications Psychologiques
1. L’état agentique (Milgram)
Milgram propose le concept d’[[état agentique]] : dans certaines situations, l’individu se perçoit comme l’agent exécutant des volontés d’une autorité, et non comme l’auteur autonome de ses actes.
État agentique ↔️ État autonome
Dans l’état agentique :
- La conscience morale personnelle est suspendue
- La responsabilité est transférée à l’autorité
- On suit les ordres sans se sentir responsable des conséquences
Facteurs déclencheurs :
- Légitimité perçue de l’autorité
- Contexte institutionnel (Yale = science = bien)
- Engagement graduel (on commence à 15V, puis on continue…)
- Facteurs de liaison (l’argent, la promesse de participer)
2. La dissonance cognitive (Festinger)
Les participants vivent une [[dissonance cognitive]] intense : « Je me considère comme quelqu’un de bien » VS « Je suis en train de torturer quelqu’un ».
Pour réduire cette tension insupportable :
- Ils se persuadent que « c’est pour la science »
- Ils dévaluent la victime (« Il n’avait qu’à mieux apprendre »)
- Ils se disent « Je n’ai pas le choix »
- Ils transfèrent la responsabilité
3. Le pied dans la porte
L’engagement est progressif. On ne demande pas d’emblée : « Voulez-vous torturer quelqu’un ? » On commence par :
- Accepter 4,50$ pour une étude
- Lire des mots (innocent)
- Donner un petit choc de 15V (pas grave)
- Puis 30V (on a déjà commencé…)
- Puis 45V (où s’arrêter maintenant ?)
Chaque petit pas rend le suivant plus difficile à refuser. C’est le principe du [[pied dans la porte]] décrit par Freedman et Fraser.
4. La déshumanisation
Quand la victime est lointaine (mur, pas de visage), elle devient abstraite. C’est plus facile de nuire à quelqu’un qu’on ne voit pas comme pleinement humain. Mécanisme identifié aussi par [[Albert Bandura]] dans ses travaux sur le désengagement moral.
Les Critiques : Éthique et Validité
1. Critiques éthiques : Le trauma des participants
Diana Baumrind (1964), psychologue développementaliste, attaque violemment Milgram :
- Absence de consentement éclairé : les participants ne savaient pas qu’ils seraient poussés à torturer quelqu’un
- Stress psychologique intense : certains ont fait des crises de nerfs
- Trauma potentiel durable : découvrir qu’on est capable du pire peut détruire l’estime de soi
- Tromperie massive : toute l’expérience est un mensonge
- Violation de la confiance envers la science
Réponse de Milgram :
- 84% des participants, interrogés après, disent être « heureux » ou « très heureux » d’avoir participé
- Seulement 1,3% regrettent
- Il y a eu débriefing complet (rencontre avec la « victime » en bonne santé)
- Un psychiatre a suivi un échantillon : pas de trauma à long terme détecté
Mais : Aujourd’hui, cette expérience ne passerait JAMAIS un comité d’éthique. Elle a d’ailleurs directement contribué à l’établissement des règles éthiques strictes en recherche (codes de Nuremberg, déclaration d’Helsinki, rapport Belmont).
2. Critiques méthodologiques
Orne & Holland (1968) : Les participants ne croient pas vraiment à la réalité des chocs. Ils jouent le jeu parce qu’ils pensent que c’est ce qu’on attend d’eux (demand characteristics, les caractéristiques de la demande).
Réponse : Les signes physiologiques de stress sont réels et intenses. Les participants ne « jouent » pas, ils souffrent vraiment.
Gina Perry (2012) – historienne : En réécoutant les enregistrements audio archivés, elle découvre que :
- Certains expérimentateurs ont insisté bien au-delà des 4 « prods » standards
- Les participants ont parfois été harcelés pour continuer
- Certains ont exprimé des doutes sur la réalité dès pendant l’expérience
Critique écologique : Un laboratoire de Yale ne ressemble pas à la vraie vie. Peut-on généraliser ?
3. Critique féministe et culturelle
Les premiers participants étaient tous des hommes blancs américains de classe moyenne. Milgram a ensuite testé des femmes (résultats identiques : 65%), mais qu’en est-il d’autres cultures ?
Les Réplications : Ça marche ailleurs ?
Réplications historiques (années 1960-70)
L’expérience a été répliquée dans de nombreux pays :
- Australie : 68% (Kilham & Mann, 1974)
- Allemagne : 85% (Mantell, 1971) – ironiquement plus élevé
- Italie : 85%
- Autriche : 80%
- Espagne : 90% (Miranda et al., 1981)
- Jordanie : 62,5%
- Pays-Bas : 92% (Meeus & Raaijmakers, 1986, variante avec stress psychologique)
Conclusion : Le phénomène semble universel, même si des variations culturelles existent (cultures collectivistes vs individualistes, rapport à l’autorité).
La réplication de Jerry Burger (2009)
En 2009, Jerry Burger réalise une réplication partielle à l’Université de Santa Clara, avec des adaptations éthiques strictes :
- L’expérience s’arrête à 150V (le moment où la victime demande à sortir)
- Screening psychologique préalable (exclusion des personnes fragiles)
- Possibilité d’arrêter à tout moment clairement indiquée
- Débriefing immédiat
Résultats : 70% continuent après 150V (contre 79% dans l’expérience originale de Milgram à ce stade).
Conclusion : Plus de 50 ans après, avec une génération supposément plus consciente des dangers de l’autorité (post-Vietnam, post-Watergate, post-Abu Ghraib), le taux d’obéissance n’a pratiquement pas changé.
Le « Jeu de la Mort » (2010, France)
Un documentaire français réalisé avec France Télévisions reproduit l’expérience dans le contexte d’un faux jeu télévisé (« La Zone Xtrême »).
Résultats : 81% vont jusqu’au bout quand l’autorité est une animatrice TV plutôt qu’un scientifique, et que le public encourage.
Conclusion : La télévision peut être une autorité aussi puissante que la science. Terrifiant.
Applications et Liens avec d’Autres Expériences
Le triangle de la soumission destructrice
Trois expériences majeures forment un triptyque effrayant sur la nature humaine :
- Milgram (1961) : On obéit à l’autorité même si ça fait souffrir
- [[Expérience de Zimbardo]] (prison de Stanford, 1971) : On abuse du pouvoir quand le rôle social le permet
- [[Expérience de Asch]] (1951) : On se conforme au groupe même contre l’évidence
Ensemble, elles montrent que la situation prime sur la personnalité.
Applications dans le monde réel
1. Contextes militaires
L’obéissance aux ordres explique partiellement :
- L’Holocauste (bien sûr)
- Le massacre de My Lai (Vietnam, 1968)
- Les tortures d’Abu Ghraib (Irak, 2003)
- Les exécutions par drones (distance psychologique)
Mais attention : L’obéissance n’est pas une excuse. Elle explique, elle ne justifie pas.
2. Contextes médicaux
- Infirmières exécutant des ordres médicaux erronés (étude Hofling, 1966 : 21/22 infirmières s’apprêtaient à administrer une dose dangereuse ordonnée par téléphone)
- Soignants dans des institutions maltraitantes (silence complice)
3. Contextes organisationnels
- Scandales financiers (employés exécutant des ordres frauduleux)
- Lanceurs d’alerte : pourquoi si peu ? La pression de l’autorité organisationnelle
- Cultures d’entreprise toxiques
4. Éducation et parentalité
Comprendre Milgram aide à :
- Encourager l’esprit critique chez les enfants
- Ne pas glorifier l’obéissance aveugle
- Valoriser la désobéissance éthique
Comment Résister ? (Ce que Milgram nous apprend)
Les facteurs de résistance identifiés
Les 35% qui ont refusé de continuer avaient quoi en commun ?
- Questionnement précoce : Ils expriment des doutes dès les premiers chocs
- Focus sur la victime : Ils maintiennent l’empathie malgré la pression
- Sentiment de responsabilité personnelle : Ils refusent de transférer la faute
- Modèles alternatifs : Quand d’autres refusent, c’est plus facile
- Valeurs claires : Certains invoquent des principes moraux non-négociables
Leçons pratiques pour toi
Comment ne pas devenir un « bon exécutant » du mal ?
✅ Cultive ton esprit critique : Questionne toujours le « pourquoi » derrière l’ordre
✅ Maintiens l’empathie : Vois les conséquences concrètes de tes actes sur autrui
✅ Assume la responsabilité : « Je suis responsable de mes actes » même sous ordre
✅ Cherche des alliés : La désobéissance collective est plus facile
✅ Prépare-toi mentalement : Réfléchis AVANT d’être dans la situation à tes limites éthiques
✅ Connais tes valeurs : Quelles sont tes lignes rouges non-négociables ?
💡 La phrase magique : « Je ne me sens pas à l’aise avec ça. Je préfère arrêter. »
Les Livres pour Aller Plus Loin
📚 Le livre FONDAMENTAL
Soumission à l’autorité (Obedience to Authority, 1974) – Stanley Milgram
- Niveau : L2-L3, accessible avec concentration
- Pourquoi le lire : Le récit de première main, les données brutes, les réflexions de Milgram lui-même
- Ce que tu vas y trouver : Descriptions détaillées des 18 variations, verbatims des participants, analyses théoriques
- Point fort : Très bien écrit, presque comme un thriller psychologique
- Combien de temps : 200 pages, lecture passionnante
- Prix moyen : 10-15€ en poche
🎯 À lire si : Tu veux vraiment maîtriser le sujet pour un exam ou un mémoire
📕 Livres complémentaires essentiels
« The Man Who Shocked the World » (2004) – Thomas Blass
- Biographie de Milgram + analyse complète de l’expérience
- Niveau L3-M1
- En anglais (pas traduit), mais accessible
« Behind the Shock Machine » (2012) – Gina Perry
- Enquête historique avec accès aux archives
- Révèle les coulisses, parfois critiques
- Passionnant pour comprendre les limites méthodologiques
- Niveau L2-L3
« Influence et Manipulation » (2004) – [[Robert Cialdini]]
- Chapitre sur l’autorité très éclairant
- Niveau L1-L2, très accessible
- Applications pratiques quotidiennes
📘 Pour contextualiser
« L’Effet Lucifer » (2007) – [[Philip Zimbardo]]
- Met en parallèle Milgram, Stanford, Abu Ghraib
- Excellente synthèse sur le pouvoir de la situation
- Niveau L2-M1
« Psychologie Sociale » (Manuel) – [[Serge Moscovici]] ou tout bon manuel de L2
- Pour replacer Milgram dans la théorie plus large
FAQ Spécial Étudiante en Psy
❓ Est-ce que les gens étaient vraiment électrocutés ?
NON. C’est crucial : aucun choc réel n’a jamais été administré. L’élève était un acteur (Mr. Wallace, complice de Milgram). Les cris étaient préenregistrés. Le générateur de chocs était factice.
Mais : Les participants, eux, croyaient que c’était réel. C’est là toute la puissance (et le problème éthique) de l’expérience.
❓ Pourquoi on étudie encore ça 60 ans après ?
Parce que :
- C’est réplicable : Les résultats se vérifient encore (Burger, 2009)
- C’est universel : Ça marche dans toutes les cultures testées
- C’est actuel : Les scandales d’obéissance destructrice continuent (Abu Ghraib, scandales financiers, etc.)
- C’est fondateur : Milgram a lancé tout un pan de recherche sur l’influence sociale
❓ Est-ce que Milgram était un monstre pour avoir fait ça ?
C’est complexe :
Arguments « contre » Milgram :
- Il a causé un stress intense à des centaines de personnes
- Il a trompé massivement
- Certains participants ont peut-être gardé des séquelles
Arguments « pour » Milgram :
- Il a révélé quelque chose de crucial sur l’humanité
- Il a fait des débriefings sérieux
- Ses participants, dans leur majorité, lui sont reconnaissants
- Il a participé à l’établissement de règles éthiques strictes
Conclusion : C’est un dilemme éthique classique : la fin justifie-t-elle les moyens ? En philo morale : conséquentialisme vs déontologie. Chacun se fait son opinion.
❓ Je dois retenir quoi pour l’exam ?
Le STRICT minimum :
✅ Chercheur : Stanley Milgram ✅ Année : 1961-1963 ✅ Protocole : Faux chocs électriques, vraie autorité scientifique ✅ Résultat clé : 65% vont jusqu’à 450V ✅ Concept : État agentique / Soumission à l’autorité ✅ Facteurs qui augmentent l’obéissance : Proximité de l’autorité, distance de la victime, légitimité institutionnelle ✅ Critique éthique : Stress intense des participants, tromperie
Pour une meilleure note, ajoute :
- 2-3 variations (proximité victime, absence expérimentateur)
- Lien avec le contexte historique (Eichmann)
- Réplication Burger 2009 (toujours 70%)
- Comparaison avec Zimbardo ou Asch
❓ Comment je cite ça dans une dissert ?
Citation APA (7e édition) :
Milgram, S. (1963). Behavioral study of obedience. Journal of Abnormal and Social Psychology, 67(4), 371-378.
Pour le livre :
Milgram, S. (1974). Obedience to authority: An experimental view. Harper & Row.
❓ Est-ce que JE serais allée jusqu’au bout ?
Statistiquement : 65% de chances que oui, si tu avais été participante dans la condition de base.
Mais : Maintenant que tu CONNAIS l’expérience, tu es moins vulnérable. La connaissance est une protection. C’est précisément pour ça que tu étudies la psycho : pour comprendre ces mécanismes et mieux y résister.
Le simple fait de te poser la question montre déjà une conscience critique. Cultive-la.
❓ C’est lié aux sectes et aux manipulations ?
OUI, totalement. Les mécanismes sont similaires :
- Autorité charismatique (gourou = scientifique)
- Engagement progressif (petites demandes → grandes demandes)
- Transfert de responsabilité (« le maître sait mieux »)
- Isolation (distance avec l’extérieur = distance avec la victime)
- Langage de légitimation (« c’est pour la science » = « c’est pour ton élévation spirituelle »)
D’où l’importance de connaître Milgram pour comprendre l’[[emprise]] et la manipulation sectaire.
En Conclusion : Qu’est-ce qu’on Retient ?
L’expérience de Milgram n’est pas juste une curiosité historique. C’est un miroir tendu à l’humanité, qui révèle une vérité dérangeante : nous sommes presque tous capables du pire sous certaines conditions, non par sadisme, mais par obéissance.
Les 3 leçons essentielles
- La situation l’emporte sur la personnalité : Ce ne sont pas des monstres qui font le mal, ce sont des gens ordinaires dans des situations extraordinaires
- L’autorité peut désactiver la conscience morale : Quand on se perçoit comme un simple exécutant, on transfère la responsabilité
- La résistance est possible mais difficile : Elle demande du courage, de la conscience, et idéalement un soutien social
Le message pour toi, future psy
En tant que psychologue, tu seras parfois en position d’autorité (thérapeute, évaluatrice, experte). Milgram te rappelle :
⚠️ Avec le pouvoir vient une responsabilité écrasante
✅ Sois consciente de ton influence ✅ Ne demande jamais aveuglément l’obéissance ✅ Encourage l’autonomie et l’esprit critique chez tes patients/clients ✅ Questionne toujours tes propres certitudes
Et dans ta vie personnelle et citoyenne : cultive la désobéissance éthique. Parfois, dire « non » est l’acte le plus moral qui soit.
👉 Prochaines fiches à lire :
- [[Stanley Milgram]] (l’homme derrière l’expérience)
- [[Expérience de Zimbardo]] (la prison de Stanford)
- [[Expérience de Asch]] (le conformisme)
- [[Soumission à l’autorité]] (le concept théorique)
- [[Hannah Arendt]] (la « banalité du mal »)
💬 Un dernier mot pour toi
Si cette fiche te met mal à l’aise, c’est normal. Milgram DOIT mettre mal à l’aise. C’est le signe que tu as compris.
La prochaine fois que quelqu’un te dit « Ce n’est pas moi, je ne faisais qu’obéir », tu sauras exactement ce qu’il faut en penser. Et la prochaine fois que TU seras tentée de t’abriter derrière cette excuse, tu te souviendras de ces 65%.
Bonne chance pour tes révisions. Tu vas assurer. 💪



