Obéissance à l’autorité :
Pourquoi obéit-on même contre sa conscience ? (Définition, expériences et pièges à éviter)
Pourquoi ce concept est essentiel
L’obéissance à l’autorité est un concept que tu rencontreras probablement dès la L1, notamment dans tes cours de psychologie sociale. C’est un thème récurrent dans les QCM, les dissertations sur l’influence sociale, et même aux oraux. Pourquoi est-ce souvent compliqué ? Parce qu’on confond facilement obéissance et conformisme, soumission et persuasion. De plus, les implications éthiques et historiques (Shoah, génocides) rendent le sujet sensible et émotionnellement chargé.
Cette fiche te propose une définition claire, les auteurs et expériences incontournables (notamment Milgram), des exemples concrets pour tes révisions, et les pièges classiques à éviter en examen. Tu comprendras pourquoi ce concept reste central pour comprendre les comportements humains en situation d’autorité.
📌Psychofiche express
L’obéissance à l’autorité
Nom du concept : Obéissance à l’autorité
Domaine principal : Psychologie sociale
Mots-clés associés : influence sociale, soumission à l’autorité, Milgram, légitimité, conformisme, pouvoir
Auteurs majeurs : Stanley Milgram, Herbert Kelman, Thomas Blass
Expériences emblématiques : Expérience de Milgram (1963), variantes de l’expérience de Milgram
Niveau : Essentiels
Fréquence en examen : Très fréquente
À connaître surtout pour : QCM, dissertations sur l’influence sociale, études de cas, oraux
En bref : L’obéissance à l’autorité désigne le fait de se conformer aux ordres d’une figure d’autorité perçue comme légitime, même lorsque ces ordres contredisent nos valeurs personnelles. Ce phénomène révèle la puissance du contexte social et des structures hiérarchiques sur nos comportements.
Définition du concept d’obéissance à l’autorité
En langage courant
L’obéissance à l’autorité, c’est quand tu fais ce qu’on te demande parce que la personne qui te le demande occupe une position d’autorité (prof, médecin, police, patron). Même si tu trouves l’ordre étrange ou immoral, tu peux t’y soumettre parce que « c’est lui/elle le chef ». C’est différent du conformisme, où tu t’alignes sur le groupe : ici, c’est une personne hiérarchiquement supérieure qui donne l’ordre.
Définition académique
L’obéissance à l’autorité est un processus d’influence sociale par lequel un individu modifie son comportement en réponse aux ordres directs d’une figure d’autorité perçue comme légitime. Contrairement à la conformité (ajustement au groupe) ou à la soumission librement consentie (engagement sans ordre explicite), l’obéissance implique une structure hiérarchique claire et une injonction explicite.
Le concept a été étudié principalement par Stanley Milgram qui a montré que des personnes ordinaires peuvent commettre des actes contraires à leurs valeurs morales sous l’influence d’une autorité scientifique légitime.
D’où vient ce concept et qui l’a développé ?
Brève histoire
Le concept d’obéissance à l’autorité a émergé dans les années 1960, dans le contexte post-Seconde Guerre mondiale et du procès d’Adolf Eichmann. Les chercheurs cherchaient à comprendre comment des millions de personnes avaient pu participer à la Shoah. La question centrale : les bourreaux étaient-ils des monstres ou des gens ordinaires obéissant à des ordres ?
Auteurs principaux
Stanley Milgram (1933-1984) : Psychologue social américain qui a conduit en 1963 l’expérience la plus célèbre sur l’obéissance. Il a démontré que 65% des participants acceptaient d’administrer des chocs électriques potentiellement mortels sur ordre d’un expérimentateur. Son livre Soumission à l’autorité (1974) reste la référence.
Herbert Kelman : A développé une théorie distinguant trois processus d’influence : la soumission (compliance), l’identification et l’intériorisation. Il a nuancé le concept d’obéissance en montrant ses différents niveaux.
Thomas Blass : Biographe de Milgram et continuateur de ses travaux, il a analysé les facteurs situationnels favorisant l’obéissance.
Évolutions importantes
Initialement focalisé sur les situations extrêmes, le concept s’est élargi aux contextes quotidiens (médecine, entreprise, éducation). Les recherches récentes soulignent davantage le rôle de l’identification au système et de la légitimité perçue de l’autorité.
Comprendre le concept en profondeur
Les éléments clés du concept
La présence d’une autorité légitime : L’obéissance nécessite une figure reconnue comme ayant le droit de commander (scientifique, médecin, militaire). Sans légitimité perçue, il n’y a pas d’obéissance mais potentiellement de la contrainte.
L’ordre direct et explicite : Contrairement à l’influence indirecte, l’obéissance répond à une injonction claire (« Continuez », « Vous devez poursuivre »). L’absence d’ambiguïté est centrale.
Le conflit moral : L’obéissance devient problématique quand l’ordre contredit les valeurs personnelles. C’est précisément cette tension que Milgram a étudiée : obéir malgré la souffrance infligée.
L’état agentique : Milgram introduit ce concept pour décrire l’état psychologique où l’individu se perçoit comme l’instrument de l’autorité et non comme l’auteur de ses actes. Il se sent « agent exécutant », ce qui réduit son sentiment de responsabilité personnelle.
Les facteurs situationnels : La proximité de l’autorité, la distance avec la victime, le prestige de l’institution, et la présence de pairs désobéissants influencent massivement le taux d’obéissance.
Comment ce concept est utilisé en psychologie
En psychologie sociale, l’obéissance à l’autorité est mobilisée pour comprendre les comportements en contexte hiérarchique : erreurs médicales (infirmières suivant des prescriptions dangereuses), abus dans les institutions, comportements au travail.
On l’opérationnalise par des paradigmes expérimentaux (variantes de Milgram), des questionnaires d’attitudes envers l’autorité, et des observations en situation réelle. Le concept permet de prédire quand un individu risque de commettre des actes contraires à son éthique personnelle.
Il éclaire aussi les débats sur la responsabilité individuelle versus collective dans les crimes de masse.
Exemples concrets
L’infirmière et la prescription téléphonique
Un médecin inconnu téléphone à une infirmière et lui demande d’administrer un médicament à un patient, à une dose deux fois supérieure à la dose maximale indiquée. Dans une étude célèbre (Hofling, 1966), 95% des infirmières s’apprêtaient à obéir avant d’être arrêtées. Ici, le concept d’obéissance à l’autorité se voit dans le fait que le statut de « médecin » suffit à déclencher l’obéissance, même face à un danger évident.
Le soldat et l’ordre illégal
Un soldat reçoit l’ordre d’un supérieur de maltraiter un prisonnier. Malgré ses convictions personnelles, il peut obéir en se disant « je ne fais qu’exécuter les ordres » (état agentique). Le concept d’obéissance à l’autorité explique comment la structure militaire hiérarchique favorise la soumission aux ordres, même immoraux.
L’étudiant en TP de psychologie
Dans un TP, le professeur te demande d’administrer un questionnaire embarrassant à un autre étudiant, même si celui-ci semble mal à l’aise. Tu continues parce que « c’est pour l’expérience » et que le prof supervise. L’obéissance à l’autorité académique joue ici, même pour des actes mineurs mais inconfortables.
Auteurs, expériences et livres à connaître sur l’obéissance à l’autorité
Auteurs associés
Stanley Milgram : Le chercheur incontournable ; a créé le paradigme expérimental de référence et théorisé l’état agentique.
Herbert Kelman : A proposé une typologie des processus d’influence incluant l’obéissance (compliance).
Philip Zimbardo : Bien que centré sur les rôles sociaux (expérience de Stanford), il a montré comment l’autorité institutionnelle favorise les abus.
Thomas Blass : Historien et continuateur des travaux de Milgram, il a réalisé des méta-analyses confirmant la robustesse du phénomène.
Expériences majeures
Expérience de Milgram (1963) : Des participants administrent des chocs électriques croissants (de 15 à 450 volts) à un « apprenant » sur ordre d’un expérimentateur. 65% vont jusqu’au choc maximal malgré les cris de la victime. Démonstration saisissante de l’obéissance.
Variantes de Milgram : Milgram a conduit 18 variantes montrant que la proximité de l’autorité, le prestige de l’institution (université Yale vs bureau miteux) et la présence de pairs désobéissants modulent radicalement le taux d’obéissance (de 0% à 92,5%).
Livres utiles
Pour L1/L2 : Psychologie sociale de Serge Moscovici (chapitre sur l’influence) pour une introduction claire.
Pour L2/L3 : Soumission à l’autorité de Stanley Milgram (trad. française), l’ouvrage fondateur, accessible et passionnant.
Pour approfondir (L3/Master) : L’Effet Lucifer de Philip Zimbardo pour les liens entre obéissance, pouvoir et déshumanisation.
Ce qu’il faut retenir pour les examens
À savoir par cœur
Définition courte : L’obéissance à l’autorité est la modification du comportement en réponse aux ordres d’une figure d’autorité légitime, même lorsque ces ordres contredisent nos valeurs personnelles.
Auteurs à citer : Stanley Milgram (expérience de 1963, concept d’état agentique), Herbert Kelman (typologie de l’influence).
Chiffre clé : 65% des participants de Milgram ont obéi jusqu’au choc maximal (450 volts).
Exemple type : L’expérience de Milgram où des gens ordinaires administrent des chocs potentiellement mortels sur ordre d’un scientifique.
Erreurs fréquentes à éviter
Confondre obéissance et conformisme : Le conformisme = s’aligner sur le groupe (Asch) ; l’obéissance = suivre les ordres d’une autorité hiérarchique.
Penser que seuls les « monstres » obéissent : Milgram a montré que des gens ordinaires, bien intégrés, obéissent. C’est la situation, pas la personnalité, qui prime.
Oublier l’état agentique : Ce concept de Milgram est crucial : la personne se voit comme instrument, pas comme auteur, ce qui réduit son sentiment de responsabilité.
Négliger les facteurs situationnels : La proximité de l’autorité, la distance avec la victime et le prestige de l’institution sont des variables déterminantes, à toujours mentionner.
Confondre avec la soumission librement consentie : L’obéissance nécessite un ordre explicite ; la soumission librement consentie (Joule & Beauvois) repose sur l’engagement sans ordre direct.
Résumé en 5 points
- Définition : Modification du comportement en réponse aux ordres d’une autorité légitime, même contre ses valeurs.
- Auteur clé : Stanley Milgram (1963) — 65% d’obéissance jusqu’au choc maximal dans son expérience.
- Exemple marquant : Des participants administrent des chocs électriques dangereux sur ordre d’un scientifique.
- Pour les examens : Attendu dans les dissertations sur l’influence sociale, les QCM sur Milgram, et les discussions éthiques.
- Voir aussi : Conformisme (Asch), soumission librement consentie, état agentique, expérience de Stanford (Zimbardo).



