Soumission à l’autorité de Stanley Milgram : Résumé et Analyse pour Étudiants
Si tu penses que seuls des monstres peuvent commettre des atrocités, ce livre va bouleverser ta vision du monde. Stanley Milgram y démontre comment, sous la pression d’une figure d’autorité légitime, des individus ordinaires peuvent infliger des souffrances mortelles à un inconnu, simplement parce qu’on leur a dit de le faire.
📌 PSYCHOFICHE EXPRESS
Soumission à l’autorité – Milgram
- Titre en français : Soumission à l’autorité
- Titre d’origine : Obedience to Authority: An Experimental View
- Date de 1ère parution : 1974
- Nombre de pages : 270 pages environ
- Niveau de difficulté : ⭐⭐⭐ (3/5) – Accessible mais dense, analyses méthodologiques pointues
- À lire plutôt en : Licence 2 ou Licence 3 (idéalement après une intro en psycho sociale)
- Disciplines concernées : Psychologie sociale, Psychologie expérimentale, Éthique de la recherche
- 3 Mots-clés principaux : Obéissance, Autorité, Contexte situationnel
- Le livre en une phrase : Une démonstration expérimentale que des personnes ordinaires peuvent commettre des actes cruels lorsqu’une autorité légitime le leur ordonne.
Pourquoi ce livre est incontournable ?
Publié en 1974, ce livre rapporte les expériences menées par Milgram à Yale au début des années 1960, en plein contexte du procès d’Eichmann.
Milgram cherchait à comprendre comment l’Holocauste avait été possible : les bourreaux étaient-ils des monstres ou des individus « normaux » piégés dans un système ?
Ses résultats ont bouleversé la psychologie sociale en montrant que 65% des participants acceptaient d’administrer des chocs électriques potentiellement mortels à un inconnu, simplement parce qu’un chercheur en blouse blanche le leur demandait.
Les 3 Idées Piliers à retenir
La situation l’emporte sur la personnalité
C’est la thèse centrale : ce n’est pas le caractère sadique des individus qui cause la cruauté, mais le contexte d’autorité. Milgram prouve que des « bons pères de famille » peuvent aller jusqu’au choc électrique maximal (450 volts) si le cadre (université prestigieuse, blouse blanche, impératifs scientifiques) les y pousse. Ce n’est pas « qui tu es », c’est « où tu es et qui te commande ».
Le mécanisme de l’état agentique
Milgram explique le passage à l’acte par un basculement psychologique. L’individu passe de l’état « autonome » (responsable de ses actes) à l’état « agentique ». Dans cet état, le sujet ne se sent plus responsable de ses actions vis-à-vis de la victime, mais responsable de la bonne exécution de la tâche vis-à-vis de l’autorité. Il devient un simple exécutant, un « agent ».
La proximité module l’obéissance
Le livre ne décrit pas une seule expérience, mais une série de variations. L’idée clé est que plus le sujet est proche physiquement de la victime (l’entendre, la voir, ou devoir forcer sa main sur la plaque électrique), plus l’obéissance chute. Inversement, plus l’autorité est proche physiquement du sujet, plus l’obéissance augmente.
Concepts clés
Obéissance à l’autorité :
Comportement par lequel un individu exécute les ordres d’une figure d’autorité, même lorsque ces ordres contredisent ses valeurs morales personnelles.
État agentique :
État psychologique dans lequel l’individu se considère comme l’agent exécutant d’une autorité extérieure et se décharge de la responsabilité morale de ses actes.
Gradient d’autorité :
Relation inversement proportionnelle entre la distance physique/psychologique avec l’autorité et le niveau d’obéissance observé.
Position du livre dans l’histoire de la psycho et ce qu’il a apporté
Ce livre représente un tournant majeur dans la compréhension du comportement social. Avant Milgram, les théories explicatives du mal (comme celles issues du nazisme) mettaient l’accent sur la personnalité autoritaire ou des traits pathologiques individuels. Milgram renverse cette perspective en démontrant empiriquement le pouvoir écrasant du contexte social.
Ses travaux s’inscrivent dans le courant de la psychologie sociale expérimentale et dialoguent directement avec Asch (conformisme), Zimbardo (prison de Stanford), et Bandura (déresponsabilisation morale). Le concept d’état agentique est devenu central pour analyser les crimes de masse, les organisations bureaucratiques, et les situations de maltraitance institutionnelle.
L’ouvrage a aussi profondément influencé l’éthique de la recherche : les expériences de Milgram ont conduit à une refonte des protocoles éthiques en psychologie, imposant consentement éclairé, débriefing, et protection des participants.
Critiques et Éthique : Pourquoi c’est discuté aujourd’hui ?
Sur le plan éthique : L’expérience elle-même est au cœur d’une controverse majeure. Les participants ont été trompés, soumis à un stress psychologique intense, et certains ont présenté des symptômes de détresse aiguë (tremblements, pleurs, crises nerveuses). Aujourd’hui, une telle expérience serait interdite par les comités d’éthique.
Sur le plan méthodologique : Des chercheurs ont remis en question la validité écologique de l’expérience. Certains participants ont déclaré avoir deviné la supercherie ; d’autres auraient obéi non par soumission aveugle, mais par confiance dans l’institution universitaire garantissant la sécurité. Les analyses récentes des archives suggèrent que Milgram aurait sélectionné les données pour dramatiser ses résultats.
Sur le plan théorique : La notion d’état agentique est critiquée pour être trop mécanique et sous-estimer l’engagement idéologique actif des participants. Des recherches récentes (Haslam, Reicher) montrent que l’obéissance est souvent motivée par une identification aux valeurs de l’autorité, pas simplement par soumission passive.
Expériences, auteurs liés
Expériences liées :
- Expérience d’Asch sur le conformisme (1951)
- Expérience de la prison de Stanford – Zimbardo (1971)
- Expérience de Hofling (obéissance dans un contexte médical, 1966)
- Réplications partielles de Burger (2009) avec protocole éthique ajusté
Auteurs liés :
- Solomon Asch (conformisme social)
- Philip Zimbardo (pouvoir des rôles sociaux)
- Hannah Arendt (banalité du mal)
- Albert Bandura (désengagement moral)
- Serge Moscovici (influence sociale)
- Stephen Reicher et Alex Haslam (psychologie sociale de la tyrannie)
Le verdict : Faut-il le lire maintenant ?
LIS-LE SI :
- Tu prépares un cours ou un examen en psychologie sociale : c’est LA référence incontournable sur l’obéissance
- Tu travailles sur un mémoire touchant à l’autorité, l’éthique, les comportements organisationnels, ou les mécanismes de déresponsabilisation
ATTENDS UN PEU SI :
- Tu es en L1 et tu n’as pas encore de bases solides en psychologie sociale : commence par des manuels synthétiques, puis reviens à Milgram
- Tu cherches uniquement des applications pratiques cliniques ou thérapeutiques : ce livre est avant tout théorique et expérimental, pas un guide d’intervention
- Tu es très sensible : Les descriptions de la détresse des participants sont parfois pénibles.
Référence Bibliographique (Norme APA)
Milgram, S. (1974). Obedience to authority: An experimental view. Harper & Row.
[Pour l’édition française :] Milgram, S. (1974). Soumission à l’autorité (E. Molinié, Trad.). Calmann-Lévy. (Œuvre originale publiée en 1974)

